SaxRules.com Nicolas Arsenijevic (en français)

Aujourd’hui, nous aurons la chance d’interviewer un fantastique saxophoniste français qui s’est formé avec de grands maîtres comme J.Y. Formeau, Nicolas Prost, Christian Wirth et Claude Delangle.

Un musicien très actif et une personne très intéressante.

Aujourd’hui, SaxRules.com avec Nicolas Arsenijevic.

SaxRules: Racontez-nous comment le saxophone est entré dans votre vie

Nicolas: Ma mère est pianiste professionnelle , j’ai toujours entendu de la musique quand j’étais petit, ma mère travaillait souvent, enseignait, donnait des récitals. Ma soeur  était violoniste donc j’avais chez moi une ambiance musicale très «classique». Du coup j’ai voulu jouer d’un instrument à vent, c’était pour moi la meilleure façon de me démarquer, en tout cas d’être tranquille ! J’ai d’abord commencé par la flûte traversière à l’âge de 7 ans, parce que ma professeure était très belle et j’étais amoureux d’elle ! Après un an de flûte, je me suis finalement rendu compte que l’instrument ne me plaisait pas. A l’époque, j’avais un magnifique pyjama violet sur lequel il y avait plein de petits saxophones imprimés, j’ai trouvé ça très beau, j’ai donc choisi le saxophone !

SaxRules: Vous êtes formé musicalement avec J.Y.Formeau, Nicolas Prost et Christian Wirth. Qu’est-ce que ces trois grands professeurs formidables vous ont apporté?

Nicolas: J’ai eu effectivement beaucoup de chance de travailler avec tous ces maitres… Ils avaient des qualités très différentes. Jean-Yves Fourmeau était pour moi la définition même du maître : un calme et une sérénité totale en toutes circonstances, une aura et un charisme incroyables, un positivisme et une confiance très inspirants. Je me rappelle que j’avais  cours tous les mardis matin à 10h, il avait toujours un son incroyable, tous les mois de l’année, dès qu’il prenait le sax c’était incroyable !

Nicolas Prost a été pour moi un vrai coach ! C’est le premier qui a vraiment cru en moi à 250%, qui m’a motivé, qui m’a poussé à entreprendre des projets, à me lancer, à tenter des concours. Une énergie folle, une créativité sans pareille… Je lui dois énormément, il est devenu un ami aujourd’hui, il a un rapport très sain professionnellement , dès que j’ai quitté sa classe il m’a tout de suite considéré comme un collègue musicien, j’ai d’ailleurs joué avec lui sur plusieurs enregistrements, un vrai plaisir !

Christian Wirth est vraiment un musicien et un professeur fantastique, d’une précision hors normes… Avant même d’être son élève, j’étais subjugué par son jeu. Une telle sensibilité artistique , et ce son inexplicable… J’ai compris quelques paramètres sonores à son contact, mais le coeur de sa sonorité est proprement inexplicable, magique… Ce qui était difficile avec Christian, c’était de garder le moral ! Il était tellement précis qu’il était possible de passer une heure à travailler quelques mesures ! On ressortait des cours en se disant que c’était génial, mais on pouvait aussi se sentir nul… J’ai mis du temps à me défaire de l'»emprise» de Christian (emprise involontaire bien sûr, il n’y a pas plus gentil que lui!), pendant mes premières années au CNSM je me demandais toujours, en jouant une note, «Que penserait Christian, comment jouerait-il cette pièce, que me dirait-il s’il m’entendait ?». Un jour j’ai compris qu’il n’y avait qu’un seul Christian Wirth et qu’il fallait que j’aie mon propre  cheminement artistique, quitte à faire des erreurs ! En résumé je crois avoir acquis avec Christian une très haute exigence et une grande précision d’analyse, qui se retrouve je crois dans mon enseignement aujourd’hui. 

SaxRules: Qu’est-ce que cela a signifié pour vous d’atteindre l’Olympe du saxophone pour étudier au CSMDP avec le professeur Claude Delangle

Nicolas: Une joie incroyable bien sûr ! Ça a été difficile pour moi de rentrer, j’ai été admis à la troisième tentative. Je garde un excellent souvenir de toutes mes préparations avec Christian Wirth, c’est pendant ces années que j’ai énormément progressé, en préparant ce concours. Comme je suis rentré tard, à 23 ans, j’avais déjà envisagé un autre projet professionnel  si je ne rentrais pas au CNSMDP, j’avais envisagé par exemple de partir à l’étranger. Ça m’a permis d’avoir une certaine maturité en arrivant au CNSM, et de pouvoir profiter à fond de la structure. Je savais ce que je voulais, je savais aussi tout ce que j’avais sacrifié pour l’obtenir, j’en ai donc profité à 150% ! 

J’ai également développé une relation assez particulière avec Claude Delangle, basée sur la confiance et le respect. Il m’a énormément inspiré, nous avons eu des échanges intellectuels qui m’ont marqué pour toujours. C’est un homme d’une grande culture, sa connaissance artistique et saxophonistique est sans limite… Nous nous sommes heurtés à plusieurs reprises, mais je crois que c’était pour le mieux, notre relation en est ressortie grandie à chaque fois. J’ai beaucoup d’admiration pour Claude.

SaxRules: Vous êtes professeur au CRD D’Aulnay-sous-Bois et du professeur assistant suivant de Vincent David au Conservatoire de Bruxelles. Faites le point sur votre expérience pédagogique et cette nouveauté de travail à Bruxelles.

Nicolas: J’ai une demi-classe au conservatoire d’Aulnay sous Bois et je partage également une classe avec Vincent David au CRR de Versailles. Vincent m’a donné l’opportunité de travailler avec lui, ce dont je lui suis extrêmement reconnaissant. Le niveau à Versailles est très élevé depuis très longtemps, grâce à l’investissement de Vincent pour sa classe depuis 12 ans ! C’est très agréable de travailler avec lui et ses élèves, il y a une dynamique extraordinaire, projets, concours, concerts etc… Les élèves sont très motivés et avides de conseils. Travailler avec des étudiants de ce niveau est extrêmement enrichissant et permet de se remettre en question en permanence, pédagogiquement et artistiquement.   

Je n’ai pas encore commencé à travailler à Bruxelles, mais c’est une expérience qui s’annonce très excitante, je suis impatient !  Le fait que Simon Diricq ait également une classe coté flamand avec Pascal Bonnet est génial, il y a un très haut niveau et nous nous entendons très bien, j’espère que nous parviendrons à faire des projets communs aux deux classes !

SaxRules: De nombreux grands maîtres viennent au Crd d’Aulnay-sous-Bois pour proposer des masterclass, tels que: Claude Delangle, Simon Diricq, Jonatan Rautiola, Makoto Hondo. Quel est votre secret pour l’obtenir.

Nicolas: Il n’y a pas de secret, j’invite les artistes qui me font rêver , humainement, pédagogiquement et musicalement ! J’ai la chance qu’à Aulnay-sous-Bois le conservatoire soit très impliqué dans l’enseignement supérieur et nous sollicite régulièrement pour faire venir des artistes en masterclass. Parfois les sponsors participent également à la venue de leurs artistes, Vandoren, Selmer ou encore d’Addario. C’est vraiment très enrichissant pour les élèves, et toutes les masterclass jusqu’à maintenant ont été des moments d’exception !  

SaxRules: Vous êtes un excellent saxophoniste qui a remporté de nombreux prix dans des compétitions de haut niveau. Racontez-nous votre expérience avec le concours Dinant Adolphe Sax dont vous avez toujours été finaliste (2010-2014-2019)

Nicolas: J’ai été demi-finaliste en 2010, je n’avais pas suffisamment préparé ma demi-finale, grosse déception mais fierté d’avoir atteint la demi-finale (je n’étais pas encore au CNSM à l’époque). L’édition suivante, en 2014, je me suis préparé à fond pour les deux premiers tours en me disant que si j’allais en finale ce serait déjà une victoire ! Manque de chance, en étant pris pour la finale on réalise qu’il faut jouer et que ce n’est pas fini ! J’ai passé trois jours à travailler la pièce imposée sans relâche pour ne pas être ridicule, finalement j’ai été assez déçu de ma finale, trop concentré sur le sax et l’orchestre, pas assez disponible pour la musique… 

Enfin en 2019, j’ai décidé de refaire ce concours à 200%, mon dernier concours, et de préparer comme jamais je n’avais préparé un concours. J’ai énormément travaillé, malgré ma vie professionnelle, mes concerts, mes cours, ma vie privée (à trente ans on a pas les mêmes préoccupations qu’à 20…), pour voir ce que ça pourrait donner si je me préparais à fond, et surtout pour ne pas me décevoir. Finalement je n’ai pas du tout supporté la pression du concours, je me suis écroulé en finale et ça restera un horrible souvenir de ma carrière. Malgré une préparation sans faille j’ai très mal joué et je me suis déçu, alors que mon objectif principal était de n’avoir aucun regret. Finalement je pense n’avoir jamais été fait pour les concours, pourtant j’en ai passé beaucoup ! Mais rétrospectivement je n’ai jamais été satisfait de mes finales, je n’ai jamais eu le mental pour gagner un concours… J’ai toujours mal joué en finale, à Gap en 2008, en Slovénie en 2011, à Dinant en 2014, en Andorre en 2015, à Zagreb en 2017 et enfin à Dinant en 2019… C’est la vie ! Es lo que hay !   

SaxRules: Vous êtes membre de divers groupes de chambre. Vous avez un duo avec le pianiste François Buffet avec lequel vous avez enregistré un album, vous appartenez au quatuor laloy et à l’ensemble SaxBack. Parlez-nous un peu de ces formations.

Nicolas: Effectivement, j’ai un emploi du temps bien chargé avec ces formations, mais j’en suis comblé ! Mon groupe le plus actif est le Saxback Ensemble avec qui nous répétons en moyenne une fois par semaine et avec lequel nous avons en moyenne 25 concerts par an, comprenant plusieurs voyages. Saxback est une formation originale qui hommage à Adolphe Sax, avec trois saxs, deux clarinettes et un euphonium. Nous sommes tous passionnés de musique de chambre, c’est un vrai bonheur de jouer avec eux et ça m’apprends beaucoup, nous commandons régulièrement de nouvelles pièces pour notre formation et nous réalisons des transcriptions de chef d’oeuvres de la musique orchestrale, comme par exemple la Nuit sur le Mont Chauve de Modest Moussorgski.

Avec le Quatuor Laloy créé en 2008, j’ai la chance de pouvoir jouer avec des amis de longue date, nous nous sommes spécialisés dans le théâtre musical, un domaine qui m’amuse énormément ! Notre premier spectacle, Le Restaurant, avait été joué plus de 80 fois ! Actuellement nous donnons un nouveau spectacle, Saxopholmes, une parodie d’une enquête de Sherlock Holmes avec des personnages complètement déjantés, c’est un vrai plaisir.

Avec mon groupe de musique traditionnelle des Balkans, Kosmopolitevitch, je me consacre à ma passion pour la musique traditionnelle qui me permet de changer complètement de son, de style, de pouvoir improviser. C’est également un retour à mes racines balkaniques qui me plait beaucoup et que j’ai attendu bien trop longtemps ! Avec mes amis de Kosmopolitevitch nous jouons environ une fois par mois dans une salle parisienne très agréable, l‘Alimentation Générale, c’est très agréable de faire danser le public !

Enfin le duo que je forme avec ma mère est un duo de coeur, nous jouons ensemble depuis que je suis tout petit ! Ma mère est une grande pianiste qui a une carrière phénoménale, spécialisée dans le répertoire romantique. Je lui dois en grande partie mon gout pour ce répertoire, qui n’est pas forcément celui du saxophone initialement. Nous prenons énormément de plaisir à jouer ensemble et nous avons enregistré un disque consacré aux sonates pour clarinette de Brahms ainsi qu’à la sonate pour violoncelle en mi mineur. Nous sommes partis en tournée en Chine ainsi qu’en Serbie, une expérience familiale intense !

En résumé toutes mes formations de musique de chambre ont un lien très affectif avec mon évolution personnelle et musicale, j’ai développé un lien très émotionnel avec les personnes avec qui je joue. 

SaxRules: Nommez les 5 personnes qui vous ont le plus influencé en tant que saxophoniste et personne

Nicolas: C’est une question très difficile, j’ai rencontré tellement de gens fabuleux, encore une fois j’estime que j’ai eu beaucoup de chance dans mon parcours… Voici cependant quelques rencontres qui m’ont vraiment marquées, à différents niveaux :

  • David Walter, hautboïste et professeur de musique de chambre au CNSMDP
  • Luis Naon, compositeur et professeur de composition électro-acoustique au CNSMDP
  • Jean-Charles Skarbowsky, champion de Muay Thaï 

SaxRules: Votre moment musical le plus doux

Nicolas: Je pense que l’un des moments les plus exceptionnels que j’ai pu vivre était une masterclass du violoncelliste Gary Hoffman, artiste sensationnel, au CNSMDP en 2012… Je n’oublierai jamais cette humilité, cette gentillesse, cette connexion directe à la musique associée à ce violoncelle qui chantait divinement…

SaxRules: Set up. Saxophone/anches/ligatures

Nicolas:

  • Soprano : Selmer série III (avec la grave, modification faite par Bruno Walterbacher), bocal argent courbe, bec seller S90 170, ligature JLV, anches 4 Vandoren traditionnelles
  • Alto: Selmer série III, bocal plaqué or, bec Claude Delangle, ligature JLV, anches Vandoren 3V12 
  • Ténor: Selmer série III, bec TL5, ligature JLV, anche 3.5 traditionnelles 
  • Baryton: Selmer série II, bec BL3, ligature JLV, anches 4 traditionnelles 

SaxRules: Projets à venir

Nicolas: J’ai enregistré un disque avec quatuor à cordes qui devrait sortir le mois prochain. Intitulé Inveniendi (du nom d’une des créations commandées pour le disque), il rend hommage au quintette pour clarinette de Johannes Brahms, dans une version pour sax alto et cordes. Je crois que je suis un peu Brahms Addict  🙂 

J’ai également enregistré le quintette pour sax alto et cordes d’Adolf Busch, oeuvre originale très intéressante faisant écho au quintette de Brahms ; enfin j’ai commandé deux pièces, l’une à Ricardo Nillni (Inveniendi) et l’autre à Jean-Baptiste Doulcet (l’Or et le cuivre). Le concert de sortie aura lieu à Paris le 15 juin prochain, on vous y attend nombreux ! 

SaxRules: Merci beaucoup Nicolas pour l’opportunité que tu m’as donnée et pour ton temps

www.nicolas-arsenijevic.fr

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